Mt Ventoux et gorges de la Nesque

Compte rendu de Mathias: sortie avec Maté du mercredi 19 aout 2015 au Mt Ventoux

depart aclv mt ventoux
Une grosse réserve de gels est primordiale 😉

Le démarrage est très tranquille entre Caromb et Bédoin, car je sens la sciatalgie poindre dans le quadri droit vers le genou. A Bédoin, rond point à droite, un débile bloque la chaussée avec son Ford S Max, tant pis, je passe entre le trottoir et lui, en gueulant, car naturellement, il démarre au même moment. Maté n’ose pas, je prends 20 m, on passe la ligne de départ, j’appuie sans écraser pour le laisser revenir dans la roue. Le tronçon jusqu’à Saint Estève me semble alors différent encore une fois! De véritables coups de cul à 8% font chuter la vitesse sous les 20km/h, ces passages délicats sont sortis de ma mémoire. Rapidement le célèbre virage sur la gauche arrive. Maté a lâché ma roue 200m avant, préférant progresser au train (du reste, à 2 secondes près, je suis dans les temps de mon record). Ma (petite) perte de masse me permet de passer la forêt en 34×25 sans trop souffrir malgré une vitesse de rotation très faible, autour de 60/65 rotations/minute. Je rattrape un hollandais en BMC RM01 di2, il ne veut pas se laisser doubler, il accélère en se retournant frénétiquement toutes les 20 secondes pour vérifier que la distance entre nous, ne diminue pas trop. Son style irrégulier ne m’incite pas à prendre sa roue. Il change trop souvent de vitesse, ce qui génère des petits à-coups nuisibles.

Il rattrape un VTT, se cale dans sa roue, ce qui ralentit sa progression. Je double tranquillement, les deux types prennent immédiatement ma roue. Au bout de quelques minutes le batave décide de repasser devant moi (il halète pourtant déjà!), le VTT reste toujours en fin de groupe « en mode raton ».  Plusieurs kilomètres sont parcourus lors desquels le hollandais me passe, puis se laisse passer (au gré de changement de pignons très hasardeux),… Se présente alors un virage très serré sur la droite. Une voiture est derrière nous, je décide malgré tout de prendre le virage le plus à gauche possible, le Frison croit alors bon de m’impressionner en prenant à la corde !?!! Le pourcentage doit y frôler les 20%! Je décide de m’en débarrasser en continuant sur mon élan de sortie de virage… Il tient encore quelques minutes, mais le chant du cygne a sonné pour lui :-). Quant au VTT, il colle encore, quelle sangsue celui là ! Pourtant, je ne m’inquiète pas, malgré le profil du type super sec 1,68m 55kg. Les pneus à grands crampons et surtout le fait que je ne sois pas à fond me laisse l’espoir de le décrocher.

Au gré d’un dépassement sur un groupe de 5/6 cyclistes, j’appuie fort sur les pédales le temps du dépassement, car une voiture nous collait. Le VTT revient encore mais cela lui prend du temps tandis que j’avais repris une allure normale, il tient encore 500m puis je le vois 10m derrière à la naissance d’un bout droit plein nord en contrebas du chalet Reynard. Le vent souffle déjà très fort. Je m’efforce de maintenir l’écart en appuyant davantage sur les pédales afin d’éviter son retour. Retour qui serait catastrophique pour mon moral. Avec un tel mistral, il serait ensuite impossible de le décrocher si d’aventure il revenait dans ma roue. Mais j’ai l’impression qu’il a craqué, car au chalet Reynard, il a pris 80m dans les rayons. Ce tronçon d’ordinaire bien sympathique en contre bas du chalet, au niveau des premières constructions et autres abris, est présentement un cauchemar pour les articulations. J’ai dû sortir le 28 dents car les rotations / minute tombent trop bas en raison de cette main géante qui vient me freiner terriblement. Alors que je montais « joyeusement » à 12/14km/h dans la forêt, je passe soudainement sous les 10, et même 7 après le chalet!

mathias mont ventoux
Le sommet est en vue !

Les dépassements s’enchaînent jusqu’au sommet. Le nombre de types qui s’arrêtent, dépasse tout ce que j’avais vu lors des précédentes montées. Je dirai entre 20 et 30 dont un juste devant moi que j’évite de justesse. Le masque terrible de l’échec peut se lire sur leur visage. Je crois que je me souviendrai longtemps de ces images pathétiques de héros défaits par les pentes du Ventoux aidées dans leur travail de sape par un mistral redoutable. Certains reprennent leur souffle, tentent de repartir, d’autres appellent du secours, voire se couchent à l’ombre espérant trouver un second souffle. Tout ceci me rappelle que mes genoux commencent à me dire qu’il serait bon que la torture cesse pour eux. Ils ont environ 79kg et 11kg de vélo + matériel à monter à 1912m! Des types qui me voient arriver sur eux, se mettent à accélérer furieusement pour couper leur effort au bout de 200m. Je garde ma petite allure, les rattrapant et les doublant tous sans exception. Je me retourne au col des tempêtes, je vois des gars arriver assez vite, je décide alors d’accélérer fortement afin qu’aucun ne puisse me doubler. J’ai trop d’avance pour que cela de produise. C’est « déjà  » l’arrivée et ma première montée sans aucun dépassement sur ma personne. Ceci me fait plaisir, même si les cyclistes qui revenaient sur moi ont visiblement mis 15 minutes de moins que moi sur la montée totale.

 

1h37 c’est finalement convenable à la vue des conditions météo. Celles-ci m’ont conduit à décider au chalet Reynard, de brider la puissance  (144 pulses moyen pour 175 Max), tout record étant exclu. L’idée initiale étant de faire plusieurs montées, je ne souhaitais pas non plus me cramer complètement. Éreinté au sommet, je passe les divines manchettes hiver qui m’avaient tant manqué en sept 2014 lors de la cinglée, et le coupe vent du club bien plus efficace que mon habituel Shimano.

gorges de la nesque
Les gorges de la Nesque

Maté arrive quelques minutes plus tard, on décide de ne pas tenter une deuxième montée. Il a une course le lundi qui suit, et comme moi, il a ressenti de bonnes douleurs dans les genoux. Après une bonne pause, je sens bien qu’une montée par Malaucène est à portée, mais que le risque de blessure l’est tout autant! Finalement on décide de rentrer par les Gorges de la Nesque dont je n’avais pas pu admirer toute la magie lors de la première épopée en mai 2014. Avec une bonne dizaine d’arrêts contemplatifs, nous avons pu saisir une partie de leur beauté à couper le souffle.

On rentre tôt à la voiture autour de 15h00, toutefois on ne souhaite pas prolonger la sortie, le mistral n’ayant pas faibli sur le chemin retour, nous sommes exténués.

Avec le recul, j’en viens à me demander comment mon frère et moi même avons pu enchainer trois montées dans la même journée un jour de Septembre 2014.